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        NOTRE FOI


 
1

Nous croyons en Dieu, sens de l'existence, symbole de la perfection, de la raison, de la finalité. Il est source des valeurs. Sans Lui, l'existence n'est qu'absurdité, l'univers un jouet ballotté par le hasard et l'être humain un animal évolué ou un "animal supérieur".

La foi en Dieu comme force inspiratrice est celle que le Saint Coran sème dans l'âme par la configuration qu'il donne du Très Haut. Quant aux livres de théologie, ils n'apportent rien de plus quand ils ne sont pas nuisibles.

2

Les prophètes sont les guides authentiques de l'humanité. Ce sont eux qu'il convient d'ériger en idéal de commandement en condamnant la tyrannie des chefs d'armée, empereurs, rois et autres... ainsi que les politiques d'oppression qu'ils ont fondées, lesquelles ont perverti l'idée et le rôle du gouvernement et ont porté tort à l'humanité.

Nous croyons que l'Islam présente la configuration idéale de Dieu et du Prophète et dans le même temps, nous comprenons celles tracées par les autres religions du fait que les religions participent d'un principe unique et que seuls les cultes diffèrent. Nous croyons en tous les prophètes, en ce que le Très Haut a voulu la multiplicité et la diversité : "Si ton Seigneur l'avait voulu, Il aurait rassemblé tous les hommes en une seule communauté" (Coran, 11, 118) et que c'est à Lui qu'il revient de trancher au Jour du Jugement.

Nous croyons que la religion est le fondement premier de la société arabe, qu'elle constitue la source de son histoire, de sa culture, de sa civilisation et de sa conscience; ignorer cela c'est s'inscrire en rupture avec l'ensemble du peuple. Cette vérité ne peut être démentie par le fait que pour les sociétés européennes, ce sont la philosophie, les lettres et les arts qui tiennent lieu de religion car toute société a sa nature propre et son destin irréfutable et incontournable, sachant que ceci n'empêche nullement l'interaction des idées, le dialogue des civilisations et des religions, parce que "la sagesse est l'objet de la quête du croyant" (Hadîth).

3

Nous croyons en la dignité de l'être humain, don du Très Haut à tous les descendants d'Adam; aucun pouvoir n'a le droit de les priver de cette dignité qui investit chaque membre de l'humanité, qu'il soit homme ou femme, blanc ou noir, riche ou pauvre, etc. La prosternation des anges devant Adam auquel ont été asservies les forces de la nature est l'expression symbolique de cette dignité humaine et du statut que lui donne le Coran.

La dignité de l'être humain doit constituer le principe essentiel de tous les systèmes sociaux, économiques et politiques; tout ce qui sacrifie cette dignité, aussi bien celle du corps que celle de l'esprit, doit être banni sans conteste.

Les principes humanitaires de l'Islam dépassent de loin, en quantité et en qualité, les articles des chartes internationales, et le moins que nous puissions faire c'est d'exiger la mise en pratique immédiate de ses clauses.

4

La prosternation des anges devant Adam, telle qu'évoquée dans le Coran, étant dûe à sa possession de la science qui le distingue, lui l'humain, de toutes les autres créatures et le préserve des mythes et des superstitions, doit inciter tout musulman à se donner comme objectif la connaissance car celle-ci suppose l'utilisation de la raison dispensatrice de science et de sagesse. Il est du devoir de tout régime islamique de répandre la culture et l'instruction, de déblayer les voies qui y mènent et de mobiliser tous les moyens pour faciliter à tous l'accès aux connaissances et techniques de l'époque.

Nous ne pouvons affronter le XXIème siècle en illétrés, analphabètes.

5

Nous croyons en la liberté de penser; nous croyons que celle-ci constitue la base de tout progrès et que rien ne doit l'entraver. C'est par la parole et non par la confrontation, le terrorisme ou le takfîr qui consiste à jeter l'anathème sur une personne en la dénonçant comme non-croyante, que l'on doit répliquer aux idées contredisant les principes de la foi.

Il n'y a pas de contradiction entre la liberté totale de penser et la religion dans la mesure où celle-ci a pour base la foi; or il ne peut y avoir de foi sans conviction et sans vouloir; de même, la conviction et la détermination ne peuvent exister que dans un milieu permettant le libre examen, l'étude minutieuse et l'exercice spontané de la volonté. Près de cent versets du Coran affirment la liberté totale en matière de croyance qui relève du seul individu, tels : "Pas de contrainte en religion" (2, 256); "Qui bien se guide le fait pour soi-même, qui s'égare le fait à son propre détriment" (17, 15); "Dis: "La Vérité émane de ton Seigneur, que celui qui le veut croie donc et que celui qui le veut soit incrédule" (18, 29).

La liberté n'existe que là où sont reconnues la liberté de presse et d'édition, de formation de partis, associations, syndicats ou autres institutions civiles avec la reconnaissance du droit de ces organismes à travailler en vue de la réalisation de leurs desseins tant qu'ils le font de manière non violente.

Nous rejetons totalement tous les procès d'incrédulité et d'apostasie. Il n'appartient qu'à Dieu de trancher au Jour du Jugement ainsi que l'affirme le Coran et que l'ont confirmé les actes du Prophète.

Quant aux dangers susceptibles de surgir par suite de l'exercice de la liberté, c'est la liberté elle-même qui est garante des moyens de les éradiquer.

6

Les rapports entre gouvernants et gouvernés, dirigeants et dirigés, capitalistes et ouvriers, hommes et femmes, etc., doivent être fondés sur la justice parce que tout ce qui relève du monde du travail et des rapports entre les gens ne peut prétendre à la cohérence et à l'équilibre que s'il est construit sur des principes de justice. Il est inadmissible qu'une catégorie de la population jouisse d'un pouvoir lui permettant de porter préjudice aux droits des autres, ceci étant une forme d'injustice assimilable à l'incrédulité et devant être rejetée.

7

Le défi pratique auquel sont actuellement confrontés les Etats islamiques tient dans le retard social, économique, politique et militaire. Cette situation ne peut être dépassée que si le "développement" est conçu comme une bataille culturelle menée sous la bannière de l'Islam, figurant le type de "combat sacré" (djihad) nécessaire pour la mobilisation de l'ensemble du peuple, de tous ses individus, appelés à y participer depuis la planification jusqu'au suivi et au bilan. Le développement souhaité doit s'articuler sur le souci de l'humain, partir du point de la justice possible à réaliser pour arriver à celui de l'autosuffisance exigée. Seule la foi engendre l'énergie nécessaire pour relever le défi du développement et vaincre ses obstacles, sans recours aux investissements étrangers qui entraînent la dépendance et l'assujettissement aux grandes puissances.

Toute tentative de développement qui se rend aux exigences de la Banque Mondiale ou tombe dans l'imitation des modèles européen ou américain n'aboutira qu'à davantage de retard, de misère et de conflits.

De même, toute tentative de développement planifiée par des experts, des gouvernements, sans être fondée sur une foi ou sur la participation populaire ou qui vise l'intérêt d'une minorité aux dépens des larges couches de la population, est condamnée à l'échec.

8

L'image typique du musulman à connotation généralement négative, passéiste, confinée dans l'accomplissement des rites et le respect du culte est loin de ressembler à celle du musulman du temps du Prophète. La différence tient au fait que la brièveté de la période de l'intermédiaire prophétique suivie de celle des quatre premiers califes (50 années) n'a guère permis d'inscrire assez profondément les racines de l'identité islamique. Un pouvoir avide imposa très tôt sa mainmise présageant ainsi la décadence du califat. Les obstacles entravant l'effort d'innovation (ijtihâd) depuis plus de mille ans, ont entraîné le triomphe de l'ignorance et du despotisme, etc. C'est ainsi qu'est née l'image devant laquelle nous nous sommes aujourd'hui résignés et que les institutions religieuses et les régimes au pouvoir ont perpétuée, soit par inertie soit pour la sauvegarde d'intérêts propres.

Pour notre part, nous repoussons cette image et œuvrons en vue d'une renaissance islamique.

9

Il n'est possible de promouvoir la renaissance islamique qu'en opérant un retour direct au Saint Coran dont les normes doivent régir la Sunna (Hadîth, Tradition du Prophète), et en n'étant lié ni par les méthodes, ni par les efforts d'interprétation des ancêtres qui portent la marque des époques de sombre ignorance, du despotisme des souverains et des difficultés contrariant la recherche et l'étude; on retrouve la trace de ces temps d'oppression dans l'altération des diverses éxégèses du Coran, des décrets jurisprudentiels et de l'explication du Hadîth auxquels ont été inoculés des concepts contraires à l'esprit de l'Islam.

L'Islam fut à l'origine investi de la mission de sauver les gens des ténèbres pour les conduire à la lumière, d'établir "le Livre et la balance" (57, 25), c'est-à-dire d'instaurer la connaissance et la justice là où régnaient l'obscurantisme et l'oppression, de répandre donc les valeurs du bien, de l'équité, de la liberté, de la science, etc. qui sont l'âme de l'Islam alors que le culte et les rites en constituent le corps; s'arrêter au culte et aux rites, en oubliant ces valeurs, revient à célébrer un corps sans âme.

Aujourd'hui, "L'Appel à la Renaissance Islamique", ne se fixe pas pour objectif prioritaire l'explication du Coran mais la révolutionnarisation du Coran... C'est ce à quoi a appelé le Prophète et que ses compagnons ont mis en pratique; ils ne se sont pas cantonnés, eux, dans l'explication du Coran mais se sont levés tels un ouragan pour amorcer le plus grand mouvement de transformation qu'ait jamais vécu le monde ancien.

10

Il est une vérité fondamentale qui touche à l'évidence bien qu'éclipsée par d'épais brouillards, à savoir que chaque génération doit vivre son époque sans qu'elle ait, pour autant, à déroger aux principes de l'Islam. Le progrès social chez les nations et les peuples est assimilable à la croissance du corps chez les individus; il est donc impossible à contenir. Cette faculté de renouvellement et d'adaptation est un signe de santé et actualise l'universalité de l'Islam, son objectivité et sa validité pour tous les temps et lieux.

L'Islam ne prétend pas au monopole de la sagesse. Il aspire à cette sagesse où qu'elle se trouve et s'ouvre à toutes les expériences tout en proposant ses propres acquis sachant que "l'écume va au rebut, mais [que] ce qui est utile aux hommes se fixe sur la terre" (13, 17). Ainsi, le penchant isolationniste menant au passéisme et l'adhésion au mode de vie de sociétés anciennes sous prétexte qu'il est l'idéal, le manque d'ouverture à l'égard de toutes les nouveautés de l'époque, arts et lettres, la conception arriérée du rapport à la femme et sa détention derrière les murs..., tout cela déroge à l'essence de l'Islam, à son universalisme, à sa validité pour toutes les époques et s'inscrit contre la volonté de Dieu le Très-Haut qui dit: "Humains ! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle. Nous vous avons constitués en peuples et en tribus afin que vous vous connaissiez entre vous. Le plus digne d'entre vous au regard de Dieu est le plus pieux d'entre vous. Dieu est Connaissant et Informé" (49, 13).

Nous ne devons pas être mus par la crainte que le musulman se noie dans la civilisation matérielle de l'époque car un lien puissant l'attache à Dieu et au Prophète et sauvegarde en lui les valeurs qui le guident et empêchent sa dérive.

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